Рейтинг@Mail.ru
Les Forums du Monde des Religions :: forum religion Les Forums du Monde des Religions :: forum religion http://arlitto.forumprod.com/
Règles du forum
Ce forum est spécialement dédié au dialogue entre Musulmans et Chrétiens dans le respect des convictions de chacun des intervenants.

Re: Daesh

MessagePosté par Yacoub » 01 Mai 2016, 19:18

Mgr Gollnisch : l'idée d'un recul de l'EI est "farfelue"

C'est l'un des meilleurs connaisseurs des Églises orientales. Dans un livre, Pascal Gollnisch prône le maintien des chrétiens en Orient.
Source AFP
Publié le 30/04/2016 à 14:30 | Le Point.fr

Image
Des milliers de Syriens fuient leur pays. © Lynsey Addario


"Arrêtons de mettre tous les feux de l'actualité" sur les chrétiens qui fuient l'Orient, "expliquons pourquoi il est important qu'ils restent et pourquoi ils peuvent rester" : ainsi parle Mgr Pascal Gollnisch, l'un des meilleurs connaisseurs des Églises orientales, notamment d'Irak et de Syrie. Le directeur général de l'Oeuvre d'Orient, le plus vieux mouvement d'aide aux catholiques orientaux, qui célèbre ses 160 ans et accompagne 1 200 projets sur le terrain, vient de publier un livre dont le titre résonne comme un manifeste : "Chrétiens d'Orient, résister sur notre terre" (Cherche Midi).
"Il faut souligner l'importance du maintien des chrétiens pour ces pays et redire que c'est possible. En Irak, une fois qu'on aura neutralisé Daech (l'organisation djihadiste État islamique, NDLR), il n'y a pas de raison qu'ils ne puissent pas vivre chez eux", estime dans un entretien à l'Agence France-Presse le vicaire général à l'ordinariat des catholiques orientaux en France. Le prêtre parisien revient d'un voyage de prélats français à Kirkouk, dans le nord de l'Irak, à la rencontre de 400 étudiants dont les études sont en partie financées par des dons de fidèles de France, puis à Erbil (Kurdistan irakien), au contact de déplacés et de représentants des Églises syriaque et chaldéenne.
Pas de recul de l'EI ?
"Dans les zones où des chrétiens ont été chassés par Daech, c'est-à-dire Mossoul et la plaine de Ninive avec des villes comme Qaraqosh, sur la rive gauche du Tigre, pas un centimètre carré n'a été libéré", déplore Mgr Gollnisch, pour qui "toute idée selon laquelle il y aurait un recul" de l'EI est "farfelue".
"C'est de nature à décourager les populations qui se trouvent actuellement au Kurdistan irakien et qui confient on nous avait dit qu'on rentrerait assez rapidement chez nous ! Si rien ne se fait dans les semaines à venir, ces populations, qui comptent aussi des Yézidis, des sunnites réfractaires à Daech, des Turkomans, en tout peut-être 1,2 million de déplacés dont 120 000 chrétiens, risquent de se lancer sur les folles routes de l'émigration et ce sera ingérable", prévient-il.
"Pas chef d'état-major"
Prêtre et "pas chef d'état-major", le directeur de l'Oeuvre d'Orient s'interroge toutefois sur le manque de résultats des frappes aériennes de la coalition contre Daech. "Le problème n'est pas tant militaire, Daech n'est pas une force aussi considérable. (...) Beaucoup de sunnites seraient prêts à se soulever contre Daech, à condition qu'on leur fasse une proposition qui passe par l'octroi d'un pouvoir régional important, et qu'ils ne soient pas sous la coupe des chiites de Bagdad auxquels les Américains ont donné le pouvoir", assure Mgr Gollnisch.
La situation d'une Syrie en proie à la guerre civile depuis cinq ans lui semble "beaucoup plus douloureuse, puisqu'on n'est pas capable d'arrêter ce conflit". Pour le prélat, le départ de Bachar el-Assad "n'est pas la question aujourd'hui", et "si le régime s'effondrait, ce serait une catastrophe humanitaire". Là encore, "il vaudrait mieux essayer de stabiliser des pouvoirs régionaux", avec "une zone alaouite comprenant les chrétiens, une zone kurde, une zone sunnite sans Daech ni Al-Qaïda, pour aider des populations épuisées, qui n'en peuvent plus".
"Il faut dépasser l'émotion immédiate"
La minorité chrétienne a-t-elle "perdu tout espoir" en Irak, comme l'a clamé mercredi la coordination Chrétiens d'Orient en danger (Chredo) de l'élu Les Républicains Patrick Karam, au retour d'une mission sur place ? "Il faut dépasser l'émotion immédiate. Le désir le plus profond de ces personnes, c'est de pouvoir rentrer chez elles. Je regrette ce voyage trop rapide de Patrick Karam, qui se donne la mission - qu'il n'a pas - de parler au nom des chrétiens d'Orient, c'est intolérable", tacle Mgr Gollnisch.
"Ce qu'on doit bien comprendre en Europe, c'est qu'un chrétien d'Irak c'est un Irakien, un chrétien de Syrie c'est un Syrien", martèle le prélat. "Ils ont le droit moral" de vivre sur leurs terres, et en tant que minorité "peuvent jouer un rôle important" pour construire "une citoyenneté reconnue pour tous". "Ce n'est pas seulement un voeu pieux du directeur de l'Oeuvre d'Orient : beaucoup de musulmans souhaitent que les chrétiens restent dans leurs pays, il faut l'entendre aussi", conclut-il.
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Daesh

MessagePosté par Yacoub » 02 Mai 2016, 11:34

Des islamologues contre l’Organisation de l’État islamique

Les limites de l’enrôlement des chercheurs
Orient XXI > Magazine > Laurent Bonnefoy > 2 mai 2016
Les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris ont généré un vaste débat sur la place des chercheurs travaillant en France sur les questions liées à l’islam et au monde arabe. Ils ont amené en réaction les pouvoirs publics à souhaiter les voir jouer un rôle plus actif dans le dispositif de lutte contre le terrorisme. Des recrutements ont ainsi été annoncés et des projets ponctuels financés. Une telle approche de la recherche publique ne va pas sans poser problème.

Image
Institut français du Proche-Orient (Ifpo) à Beyrouth, la bibliothèque des études contemporaines.
© Ifpo, octobre 2008.
«  L’islamologie est un sport de combat  »[sup]1[/sup] titrait un récent article de l’historienne Leyla Dakhli consacré aux débats et aux querelles internes au champ (viril  !) des spécialistes français de l’islamisme — qui, soit dit en passant, ne sont pas à proprement parler des islamologues[sup]2[/sup], mais des politistes et des historiens. Dans le sillage des attentats de Paris, les critiques adressées par les responsables politiques et certains chercheurs à leurs collègues au sujet d’un manque supposé de clairvoyance, d’impasses analytiques sur les mouvements dits djihadistes ou de la persistance d’angles morts n’étaient pas toutes illégitimes ou dysfonctionnelles. En écho à ce débat, la fameuse phrase de Manuel Valls considérant qu’expliquer un phénomène social c’était déjà commencer à l’excuser était évidemment outrancière autant que stupide[sup]3[/sup].
Il importe d’appréhender le débat sur la place de la recherche face à la violence dite terroriste avec sérénité et hors des querelles de personnes qui ont jusqu’à présent occupé une place trop importante. Les passes d’armes entre collègues, comme celle entre Gilles Kepel et Olivier Roy, ont signalé l’âpreté d’enjeux qui ne sont manifestement pas uniquement scientifiques[sup]4[/sup]. Par-delà ces considérations et afin de ne pas faire fausse route, il convient de dresser un diagnostic clair sur l’état de la recherche d’une part et d’autre part, sur ce que disent réellement des racines du «  djihadisme  » les spécialistes des diverses disciplines concernées.
Une crise des sciences sociales  ?
La crise de la recherche sur les problématiques proche-orientales, nord-africaines et islamiques doit tout d’abord être appréhendée à l’aune des difficultés partagées par l’ensemble des chercheurs en sciences sociales. Pénuries criantes de postes, manque d’encadrement et de financements, abus liés au «  mandarinat  », discriminations et sexisme sont des réalités que l’ensemble des sociologues, historiens, politistes et anthropologues subissent, quel que soit leur domaine de spécialité.
Toutefois, il n’est pas faux de considérer qu’en termes de dotations, les études sur le Proche-Orient et l’Afrique du Nord sont mieux loties que celles consacrées à d’autres régions, comme l’Afrique subsaharienne. Les recrutements au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l’université de ces quatre dernières années rendent compte de cette réalité et d’une prime offerte à des candidats qui travaillent sur des objets en lien avec l’actualité arabe et musulmane. Même si les temps sont difficiles sur le plan budgétaire, les centres de recherche français à l’étranger, tel l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo) basé à Beyrouth ou l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) à Tunis favorisent les liens entre les chercheurs et le terrain et constituent des outils extrêmement précieux et uniques au monde. La fermeture, en janvier 2016, du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Proche-Orient (Gremmo), laboratoire rattaché à l’université Lyon 2 et la disparition en 2010 de la chaire «  Monde arabe et musulman  » portée de longue date par Gilles Kepel à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris ont été parfois utilisés pour dénoncer une soi-disant faillite du modèle universitaire français et expliquer aussi un aveuglement coupable de nos gouvernants face à l’islamisme qui les aurait conduits à saboter des institutions fonctionnelles[sup]5[/sup]. C’est sans doute là excessif. La fermeture de ces deux filières de formation et de recherche a avant tout obéi à des considérations comptables et scientifiques, et non politiques.
La recherche française sur le monde arabe contemporain continue de jouir d’une reconnaissance réelle à l’échelle internationale. Travaux de terrain et réflexions théoriques, par exemple sur la portée de l’islamisme, trouvent des débouchés éditoriaux dans de grandes revues ou chez de prestigieux éditeurs liés aux grandes universités anglo-saxonnes. Une critique émise dès 2014 dans le livre blanc des études françaises sur le Proche-Orient et les mondes musulmans pointait la faiblesse des recherches françaises sur l’islamologie, l’économie et l’histoire et une certaine relégation des études sur le Maghreb. Elle était pour une large part fondée. Elle résultait en même temps d’un léger biais introduit par les rédacteurs du rapport, eux-mêmes marqués par ces sous-disciplines particulières et par là portés à considérer leur spécialité comme sous-représentée. Ces rédacteurs étaient en outre parfois amenés à mépriser quelque peu la science politique et les recherches sur l’islamisme, très visibles dans l’espace médiatique et donc ramenés à une vulgaire expertise.
Les limites de l’islamologie
Voir le gouvernement en France, principal pourvoyeur de financements et de postes, établir des priorités et considérer qu’il est légitime d’orienter sa politique en fonction de ses intérêts n’est pas surprenant ni même nécessairement choquant. Dans le contexte post-attentats, le problème réside toutefois dans un diagnostic erroné et dans une logique utilitariste de court terme qui s’accorde mal avec la temporalité propre à la formation d’un chercheur. Créer un appel d’air aujourd’hui sur certaines problématiques liées au djihadisme dans le monde arabe et à ses répercussions en Europe revient à générer dans quelques années un trop plein. Par ailleurs, cela conduit à récompenser aujourd’hui ceux qui, il y a une décennie, ont eu du flair en orientant leurs travaux. Un tel procédé ne permet pas stricto sensu de valoriser les meilleurs et est donc fréquemment décrié par les jurys de recrutement[sup]6[/sup].
Au-delà de cet aspect technique lié au fonctionnement de l’université et des disciplines se posent d’autres problèmes, davantage politiques. Depuis novembre 2015, la principale réponse apportée par le gouvernement français a été concentrée sur un effort de recrutement, mené dans une grande précipitation. Le ministère de l’éducation a certes prétendu appuyer sa campagne de recrutement sur divers rapports remis en 2014 et 2015 sur les «  disciplines rares  », mais il est entendu que les attentats du 13 novembre ont été le principal déclencheur de cette dynamique. Moins de trois semaines après le 13 novembre 2015, un appel a été transmis aux présidents d’universités qui devaient, dans l’urgence établir des dossiers de candidatures. Vingt-sept d’entre eux y ont répondu. Dès mi-février 2016, six postes, axés sur «  l’islamologie et la radicalisation  », ont été affichés dans diverses universités de Paris et de province. Quatre autres devraient l’être prochainement pour des prises de fonction en 2016.
La labellisation disciplinaire initiale de ces postes témoigne du diagnostic hautement problématique des tutelles administratives : ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et présidences des universités. Sans préjuger du profil de celles et ceux qui seront recrutés et de la capacité des comités de sélection à tirer profit scientifiquement de ces opportunités, l’accent mis sur l’islamologie revient à faire reposer la violence dite terroriste sur l’islam et sur ses interprétations. Un tel biais nie en quelque sorte la dimension relationnelle de la violence, les effets de domination à l’échelle internationale ou liés au sort des minorités musulmanes en Europe. Une telle labellisation opère in fine une dépolitisation des enjeux et valide une déconnexion entre un produit fini, dit «  radical  » ou «  terroriste  », et les processus qui ont conduit à son émergence. Cette logique sous-tend qu’il reviendrait aux chercheurs de participer à la réforme de l’islam pour imposer une «  juste  » lecture des textes, sans jamais finalement se soucier de corriger les biais politiques et la domination occidentale qui sont pourtant au cœur des dynamiques de (contre-)violence.
Face à ces annonces de recrutement scientifique se pose également la question de l’existence de compétences concrètes permettant de pourvoir ces postes hautement spécialisés. La faible attractivité des universités (avec des salaires inférieurs à 2 000 euros par mois en début de carrière pour des bac +10), le caractère ingrat de certaines tâches administratives couplé à un nombre finalement réduit de candidats potentiels n’assure en aucune manière que les meilleurs jeunes chercheurs seront recrutés et que, d’ici vingt ans, ils continueront à répondre à des demandes d’enseignement et à des enjeux sociaux pertinents. Plutôt que de courir après l’actualité, se serait-il pas également judicieux de prendre les devants et d’encourager la formation dirigée vers les «  marges  » africaines ou asiatiques du monde musulman qui ont toutes les chances de supplanter le monde arabe dans l’actualité au cours des décennies à venir  ?
Certes, les recrutements de nouveaux collègues sont une impérieuse nécessité. Toutefois, ils ne peuvent avoir pour unique fonction de combler les attentes des gouvernants ni de répondre à des considérations de court terme. Ces dernières risqueraient au final de saper la légitimité de l’ensemble des chercheurs travaillant sur le monde arabe, accusés par leurs pairs d’être des «  nantis  » instrumentalisés par le pouvoir. Les enjeux scientifiques et disciplinaires doivent rester centraux dans les concours de recrutement.
Face à cette stratégie problématique de recrutement visant en quelque sorte à placer des islamologues en première ligne face à l’organisation de l’État islamique (OEI), le CNRS s’est montré plus prudent. Sa direction a tout d’abord tenté de financer des initiatives de recherche ponctuelles suite à un appel auquel 268 chercheurs ont répondu. 53 projets ont reçu une dotation. La direction du CNRS veille ensuite à valoriser les travaux existants, à travers le réseau Alliance Athéna, qui doit permettre de favoriser des synergies et des échanges entre les chercheurs et les décideurs.
Une production abondante et souvent ignorée
Le second volet du débat concernant le rôle des chercheurs travaillant sur le Proche-Orient, l’Afrique du Nord et l’islam impose de dresser un inventaire précis des travaux, en Europe, mais aussi ailleurs, sur les phénomènes de violence dite «  islamiste  ». À cet égard, le panel est large, les travaux nombreux et évoquer des carences manifestes dans les analyses et objets abordés est parfois spécieux. Les manquements sont sans doute bien davantage à chercher du côté des politiques, incapables d’entendre ce que les chercheurs disent et écrivent depuis longtemps, arguments et études à l’appui.
Les controverses et oppositions, portés notamment par François Burgat[sup]7[/sup], Gilles Kepel et Olivier Roy ne sont que la partie émergée d’un iceberg qui n’intègre pas seulement des chercheurs français, il va sans dire. Néanmoins, le débat qui structure les échanges entre ces trois «  collègues  » ne peut être perçu uniquement comme une bataille d’égos. Il dessine en effet des options politiques, des explications, des méthodes de travail et des enjeux divergents qui constituent autant d’idéaux types et de paradigmes que chacun peut discuter et affiner. Ils pointent le doigt vers des responsabilités et des racines des phénomènes djihadistes foncièrement différentes. Pour le premier, les déséquilibres politiques internes et internationaux, passés et présents, expliquent la force et la capacité de mobilisation de l’islamisme. Sans correctif apporté à la politique occidentale, l’OEI continuera à recruter. Le deuxième pointe du doigt les évolutions internes aux communautés musulmanes et l’emprise idéologique du salafisme, porte d’entrée supposée vers le djihadisme. Le troisième trace un parallèle entre l’action directe d’extrême gauche des années 1970 et l’actuelle violence et se focalise sur la construction d’imaginaires et d’expériences individuelles de rupture.
Les réflexions menées sur la «  radicalisation  » par Farhad Khosrokhavar, Francesco Ragazzi ou Scott Attran  ; les recherches menées in situ sur les mouvements islamistes par Stéphane Lacroix, Muhammad Abu Ruman, Bernard Rougier, Monica Marks, Mohamed Mahmoud Ould Mohammedou ou Marie Vannetzel  ; les travaux sur les sociétés du Levant par Tine Gade, Jean-Pierre Filiu, Loulouwa Al-Rasheed ou Thomas Pierret  ; sur les États et sociétés du Golfe par Laurence Louër, Pascal Ménoret, Claire Beaugrand ou Laure Assaf  ; les enquêtes sur les mobilisations musulmanes en France par Mayanthi Fernando, Vincent Geisser ou Leyla Arslan complètent un panel immensément riche et aux implications politiques souvent claires. Avant de pointer du doigt des supposés manquements, il conviendrait sans doute de commencer par lire ce qui se produit et éventuellement d’en tirer les conséquences, qui sont bien davantage politiques qu’islamologiques.
Laurent Bonnefoy
[sup]1[/sup]La revue du crieur, n° 3, 2016.
[sup]2[/sup]L’islamologie, en tant que sous-discipline, s’intéresse à la religion musulmane, à son histoire, à ses textes théologiques et éventuellement à son droit. Les travaux sur l’islamisme incorporent des réflexions sur les relations internationales, la science politique, l’étude des partis et la sociologie des mobilisations et, de fait, ne se focalisent que marginalement sur les idéologies et les fondements religieux ou textuels.
[sup]3[/sup]Bernard Lahire, Pour la sociologie. Et pour en finir avec une prétendue «  culture de l’excuse  », La Découverte, 2016.
[sup]4[/sup]Cécile Daumas, «  Olivier Roy et Gilles Kepel, querelle française sur le jihadisme  », Libération, 14 avril 2016.
[sup]5[/sup]Dans un entretien à L’Humanité publié le 26 février 2016, Gilles Kepel affirmait : «  Depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy, les études arabes ont été complètement détruites en France. À Sciences-Po, la filière dont je me suis occupé pendant vingt-cinq ans, laquelle formait des docteurs, des hauts fonctionnaires, des acteurs associatifs ou des journalistes, a été fermée en décembre 2010. Nous avons aujourd’hui un véritable déficit de compétences. Nous sommes également victimes, en France, d’énarques omniscients, estimant tout savoir alors qu’ils sont incultes. Quant aux politiciens, ils sont réduits à des astuces qui vont leur permettre de conclure des accords avec des organisations islamistes X ou Y supposées assurer la paix sociale.  »
[sup]6[/sup]Note du conseil scientifique du CNRS, 25 mai 2015.
[sup]7[/sup]«  Réponse à Olivier Roy : les non-dits de ‟l’islamisation de la radicalité”  », L’Obs, 1[sup]er[/sup] décembre 2015.
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Daesh

MessagePosté par Yacoub » 08 Mai 2016, 17:01

Image
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique


Re: Daesh

MessagePosté par Yacoub » 23 Mai 2016, 12:47

Image


Abrégé du terrorisme arabo-musulman sur le sol français

par Desmaretz Gérard (son site) lundi 23 mai 2016


« La France est aujourd'hui, clairement, le pays le plus menacé par l'État islamique. (...) Si les attentats de novembre dernier ont été perpétrés par des kamikazes et par des gens armés de kalachnikov, nous risquons d'être confrontés à une nouvelle forme d'attaque : une campagne terroriste caractérisée par le dépôt d'engins explosifs dans des lieux où est rassemblée une foule importante, ce type d'action étant multiplié pour créer un climat de panique. » Propos de Patrick Calvar, le patron de la Direction générale de la Sécurité intérieure devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale le 10 mai 2016.

« Aujourd'hui, Daech a trois stratégies. Déstabiliser l’Europe par une vague d’immigration sans précédent, cela a été atteint, infiltrer ces réseaux pour asseoir des réseaux dormants, c’est fait, malgré tous les contrôles dans le cadre de Schengen. Enfin, c’est s’attaquer à la piraterie maritime et à la déstabilisation des plages et des rives de Méditerranée à partir de l’été. (...) Je me souviens les attentats du Groupe islamique armée à Paris, en 1995. Al-Ansar affichait comme symbole la Tour Eiffel qui explosait en plusieurs morceaux. » (Squarcini)

A la fin des années 70, deux tendances de soutien à la révolution palestinienne s'opposent avec d'un côté l'Organisation de Libération de la Palestine dirigée par Yasser Arafat et soutenue par la Syrie, qui tend à négocier avec Israël, de l'autre, le Fatah-Conseil révolutionnaire (scission du Fatah libanais dirigé par Abou Nidal), une mouvance radicale soutenue par l'Irak. Ce conflit va se propager du Moyen-orient à travers le monde et en venir à polluer les esprits des musulmans vivants en France.

Certaines factions sont faites de la chaîne et trame du même tissu. Le groupe Abou Nidal, par exemple, soutient l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA) qui a perpétré l'attentat du 15 juillet 1982 contre le comptoir de la Turkish Airlines à l'aéroport d'Orly qui a fait huit morts et cinquante-six blessés. Une lecture au deuxième degré montre que cet attentat servait également les Syriens qui s'insurgeaient contre la présence française et américaine au Liban. Le 23 octobre 1983, deux attentats aux camions suicides concomitants dirigés contre le QG américain et le Drakkar à Beyrouth faisaient deux cent trente-neuf morts américains et cinquante-huit du côté français. Ces attentats seront revendiqués par le Jihad Islamique, une organisation sous le contrôle de l’Iran. L’attentat contre le « Drakkar  » ne donna lieu à aucune enquête..., il faudra attendre la loi de 1986 pour voir la judiciarisation des attentats survenus à l’étranger commis à l’encontre de Français.

« Flashback », le phénomène terroriste contemporain apparaît à la fin du XIXeme siècle avec la Narodnala, ce qui en Russe signifie la « volonté du peuple ». Ce mouvement qui pratique l’attentat à la bombe réussit le 1 janvier 1881 à atteindre le Tsar Alexandre II. Cette pratique va s'étendre à travers l’association internationale des travailleurs qui va adopter le principe de l’action violente. Les progrès de la chimie, l'accès aux connaissances et la facilité à se procurer les substances indispensables concourent à ce mode d'attentat. Cet appel sera suivi en 1892 par l’anarchiste Ravachol qui fera sauter l'appartement du président de tribunal, Benoît et celui de l’avocat général Bulot, qui avaient dirigé le procès contre des anarchistes condamnés à l'emprisonnement. Peu après, le Parti socialiste révolutionnaire né de la fusion des différents groupes Russes va pratiquer le terrorisme en le considérant sous un jour nouveau. En 1903, il déclare « l’action terroriste n’est pas un système indépendant de la lutte, capable d‘abattre par elle même la résistance de l’ennemi et de le forcer à déposer les armes ».

La forme moderne de cette action se répandra lors des guerres de libération menées après la Seconde Guerre mondiale. Les mouvements de résistance à l’occupant avaient déjà prouvé leur efficacité et le modèle de structure des réseaux allait être repris par la Hagannah, le Front de Libération National (FLN), l’Organisation de l'Armée Secrète, etc. Le 5 mars 1962, l'OAS déclenchait l'opération « Rock and Roll » : cent-vingt plasticages en deux heures ! Du 1 au 31 janvier 62 plus de huit-cents attentats faisaient cinq cent cinquante morts et neuf cents blessés ! Du 1 au 15 février cinq cent sept attentats. Climat de guerre civile qui effraya la population sans jamais vraiment menacer l'État, au contraire, la cohésion nationale en sortit renforcée. Quand bien même la cause serait défendable, la société occidentale l’assimile aux seuls actes de violence.

C’est sans conteste le romantisme des leaders des guérillas prolétariennes en Amérique Centrale qui allait contribuer à l’expansion de cette forme de lutte dont les bases en furent jetées en janvier 1966 lors la première Conférence de solidarité des peuples, d'Asie, Afrique, d'Amérique latine, Conférence plus connue sous le nom de la « Tricontinentale » et dont le Président d’honneur n'était autre que le très charismatique Che Guevara. Participaient à cette réunion plus de cinq cents délégués représentant quatre-vingt-trois groupes d’un éclectisme extraordinaire, : des anarchistes - des Léninistes - des Marxistes - des Maoïstes - des Staliniens - des Trotskistes - des séparatistes - des nationalistes - des anticolonialistes, etc.

Les vagues terroristes des années soixante disparues, la France va devenir la cible d'attentats en lien avec le Proche et le Moyen-Orient. Le coup d'envoi, si l'on peut s'exprimer ainsi, remonte au 6 septembre 1972 avec l'assassinat des athlètes israéliens à Munich. Le 13 novembre, un journaliste syrien est abattu à son domicile, rue Copernic à Paris. Les enquêteurs de la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres vont découvrir que la victime était proche des services de renseignement de l'organisation « Septembre noir » et qu'elle était le correspondant d'un hebdomadaire arabe libanais. L'homme avait été retourné l'année précédente par le service secret jordanien !

Le Service de Documentation Extérieure et du Contre-Espionnage (l'ancêtre de la DGSE) avait adressé au président Georges Pompidou au mois d'août 1973, la note n°10959 l'avertissant d'une reprise des activités palestiniennes avec l'accueil par l'ambassade de Lybie d'une douzaine d'extrémistes appartenant au FPLP et à Septembre noir ! Le SDECE avait vu juste. Le 26 juillet 1978, la police aux frontières de l'aéroport d'Orly interpellait un Japonais en possession de 10 000 dollars en fausses coupures destinés au Front pour la libération de la Palestine (FPLP). Le 13 septembre, Carlos organisait la prise d'otage de l'ambassadeur de France à la Haye aux Pays-bas, exigeant en contre-partie la libération du Japonais membre de l'Armée rouge incarcéré à Paris. Le 15, un groupe de terroristes Franco-Palestiniens lançait deux grenades dans le Drugstore de Saint-Germain-des-Près, attaque faisant deux morts et trente-trois blessés. La suite n'allait être qu'une litanie : Le 29 mars 1982 : l’explosion d’une bombe dissimulée dans une valise faisait cinq morts et 27 blessés dans le Capitole Paris-Toulouse ; avril 1982, l’attentat de la rue Marbeuf un mort ; l'attentat de la rue des Rosiers et contre le restaurant Jo Goldenberg le 9 août 1982 6 morts et 22 blessés ; l'explosion d'une valise piégée le 15 juillet 1983 dans l'aéroport d'Orly 8 morts et 56 blessés (Asala) ; les attaques à la gare Marseille Saint-Charles et à bord du TGV Marseille-Paris au mois de décembre 1983, 5 morts et 45 blessés.

 Entre le mois de février 1985 et de septembre 1986, treize attentats vont ébranler la France. Ces attentats coûteront la vie à 13 personnes et feront près de 300 blessés. Cette série a été attribuée au Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient, proche du Hezbollah. Paris va subir à partir de l'été 1995, huit attaques à la bombe attribuées au Groupe Islamique Armé. Le 25 juillet, une bombe artisanale bourrée d’écrous explose dans la gare RER Saint-Michel à Paris faisant 8 morts et 117 blessés. Le 3 décembre 1996, un attentat similaire se produit à la station Port-Royal faisant 8 morts et 151 blessés.

Le 13 février 2006, Ilan Halimi était découvert entre la vie et la mort le long d'une voie SNCF près de Sainte-Geneviève-Des-Bois. Le jeune homme qui a été séquestré et torturé par le gang des barbares pendant 24 jours dans une cave d'une cité de Bagneux, décédera avant d'arriver au service des urgences. Le directeur de la maison d'arrêt de Versaille, Florent Goncalves, va s'enticher de la jeune fille qui avait servi d'« appât » pour attirer le jeune homme et nouer une relation amoureuse avec la détenue... Les 11 et 13 mars 2012, Mohammed Merah abat 3 militaires à Toulouse et Montauban ; le 19, il tue trois enfants et un professeur à l’école juive d’Ozar Hatorah de Toulouse. Le 9 septembre 2012 une grenade lancée contre une épicerie casher à Sarcelles (Val-d'Oise) fait un blessé léger. Un mois plus tard, les enquêteurs interpellent douze individus à Cannes et à Torcy avant leur passage à l'acte. Les policiers saisissent « Des sacs contenant du nitrate de potassium, du soufre, du salpêtre, des récipients type Cocotte-Minute, et des ampoules de phare, tous produits ou instruments utiles à la fabrication de ce que l'on appelle des engins explosifs improvisés. (...) Ces techniques étaient utilisées par le réseau Kelkal des attentats de 1995 comme celui commis à Paris à la station Maison-Blanche ou l'attentat manqué " au couscoussier " sur le marché de Wazemmes à Lille. Là aussi, le contenu explosif était maintenu dans un récipient de type Cocotte-Minute ou bonbonne de gaz, vidée de son contenu et remplie d'un mélange explosif et de clous  » similaire à ceux ayant été utilisés pour confectionner les bombes des attentats du métro en 1995 !

Le deuxième millénaire va coïncider avec l'acmé des attentats suicides. Le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi abattent 12 personnes au siège de Charlie Hebdo. Le 8 janvier, Amédy Coulibaly abat une policière municipale et blesse un agent municipal à Montrouge (Hauts-de-Seine), le lendemain il prend plusieurs personnes en otages dans une épicerie casher de la Porte de Vincennes et en tue 4 avant d’être abattu dans l’assaut du Raid. Le 3 février 2015, Moussa Coulibaly agresse à l’arme blanche 3 militaires qui participent au plan Vigipirate à Nice. Le 26 juin 2015, Yassin Salhi décapite son employeur et en expose la tête sur la clôture entre deux calicots islamiques. Le 21 août 2015, Ayoub El Khazzani porteur d’un fusil d’assaut AKM est désarmé in extremis par des passagers du TGV Amsterdam Paris. La suite ? les attentats du Stade de France, du Bataclan, des cafés restaurants dans le XI° arrondissement de Paris suivis de ceux survenus à Bruxelles.

Trente-six après l'attentat de la rue Copernic à Paris ayant fait quatre morts et une quarantaine de blessés le 3 octobre 1980, on apprenait que le dénommé Hassan Diab, un libano-canadien âgé de 62 ans et principal suspect extradé vers la France en 2012, venait d'être libéré et placé sous bracelet électronique grâce au témoignage tardif de son ex-épouse... Petite phrase du jour : « Même une montre arrêtée donne l'heure exacte toutes les douze heures. »
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Daesh

MessagePosté par Starheater » 24 Mar 2017, 09:51

Yacoub a écrit:https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13244761_1093610234042417_378767035249312597_n.png?oh=9c7158073660344671013f4672fef498&oe=57D42DFA


Abrégé du terrorisme arabo-musulman sur le sol français

par Desmaretz Gérard (son site) lundi 23 mai 2016


« La France est aujourd'hui, clairement, le pays le plus menacé par l'État islamique. (...) Si les attentats de novembre dernier ont été perpétrés par des kamikazes et par des gens armés de kalachnikov, nous risquons d'être confrontés à une nouvelle forme d'attaque : une campagne terroriste caractérisée par le dépôt d'engins explosifs dans des lieux où est rassemblée une foule importante, ce type d'action étant multiplié pour créer un climat de panique. » Propos de Patrick Calvar, le patron de la Direction générale de la Sécurité intérieure devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale le 10 mai 2016.

« Aujourd'hui, Daech a trois stratégies. Déstabiliser l’Europe par une vague d’immigration sans précédent, cela a été atteint, infiltrer ces réseaux pour asseoir des réseaux dormants, c’est fait, malgré tous les contrôles dans le cadre de Schengen. Enfin, c’est s’attaquer à la piraterie maritime et à la déstabilisation des plages et des rives de Méditerranée à partir de l’été. (...) Je me souviens les attentats du Groupe islamique armée à Paris, en 1995. Al-Ansar affichait comme symbole la Tour Eiffel qui explosait en plusieurs morceaux. » (Squarcini)

A la fin des années 70, deux tendances de soutien à la révolution palestinienne s'opposent avec d'un côté l'Organisation de Libération de la Palestine dirigée par Yasser Arafat et soutenue par la Syrie, qui tend à négocier avec Israël, de l'autre, le Fatah-Conseil révolutionnaire (scission du Fatah libanais dirigé par Abou Nidal), une mouvance radicale soutenue par l'Irak. Ce conflit va se propager du Moyen-orient à travers le monde et en venir à polluer les esprits des musulmans vivants en France.

Certaines factions sont faites de la chaîne et trame du même tissu. Le groupe Abou Nidal, par exemple, soutient l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA) qui a perpétré l'attentat du 15 juillet 1982 contre le comptoir de la Turkish Airlines à l'aéroport d'Orly qui a fait huit morts et cinquante-six blessés. Une lecture au deuxième degré montre que cet attentat servait également les Syriens qui s'insurgeaient contre la présence française et américaine au Liban. Le 23 octobre 1983, deux attentats aux camions suicides concomitants dirigés contre le QG américain et le Drakkar à Beyrouth faisaient deux cent trente-neuf morts américains et cinquante-huit du côté français. Ces attentats seront revendiqués par le Jihad Islamique, une organisation sous le contrôle de l’Iran. L’attentat contre le « Drakkar  » ne donna lieu à aucune enquête..., il faudra attendre la loi de 1986 pour voir la judiciarisation des attentats survenus à l’étranger commis à l’encontre de Français.

« Flashback », le phénomène terroriste contemporain apparaît à la fin du XIXeme siècle avec la Narodnala, ce qui en Russe signifie la « volonté du peuple ». Ce mouvement qui pratique l’attentat à la bombe réussit le 1 janvier 1881 à atteindre le Tsar Alexandre II. Cette pratique va s'étendre à travers l’association internationale des travailleurs qui va adopter le principe de l’action violente. Les progrès de la chimie, l'accès aux connaissances et la facilité à se procurer les substances indispensables concourent à ce mode d'attentat. Cet appel sera suivi en 1892 par l’anarchiste Ravachol qui fera sauter l'appartement du président de tribunal, Benoît et celui de l’avocat général Bulot, qui avaient dirigé le procès contre des anarchistes condamnés à l'emprisonnement. Peu après, le Parti socialiste révolutionnaire né de la fusion des différents groupes Russes va pratiquer le terrorisme en le considérant sous un jour nouveau. En 1903, il déclare « l’action terroriste n’est pas un système indépendant de la lutte, capable d‘abattre par elle même la résistance de l’ennemi et de le forcer à déposer les armes ».

La forme moderne de cette action se répandra lors des guerres de libération menées après la Seconde Guerre mondiale. Les mouvements de résistance à l’occupant avaient déjà prouvé leur efficacité et le modèle de structure des réseaux allait être repris par la Hagannah, le Front de Libération National (FLN), l’Organisation de l'Armée Secrète, etc. Le 5 mars 1962, l'OAS déclenchait l'opération « Rock and Roll » : cent-vingt plasticages en deux heures ! Du 1 au 31 janvier 62 plus de huit-cents attentats faisaient cinq cent cinquante morts et neuf cents blessés ! Du 1 au 15 février cinq cent sept attentats. Climat de guerre civile qui effraya la population sans jamais vraiment menacer l'État, au contraire, la cohésion nationale en sortit renforcée. Quand bien même la cause serait défendable, la société occidentale l’assimile aux seuls actes de violence.

C’est sans conteste le romantisme des leaders des guérillas prolétariennes en Amérique Centrale qui allait contribuer à l’expansion de cette forme de lutte dont les bases en furent jetées en janvier 1966 lors la première Conférence de solidarité des peuples, d'Asie, Afrique, d'Amérique latine, Conférence plus connue sous le nom de la « Tricontinentale » et dont le Président d’honneur n'était autre que le très charismatique Che Guevara. Participaient à cette réunion plus de cinq cents délégués représentant quatre-vingt-trois groupes d’un éclectisme extraordinaire, : des anarchistes - des Léninistes - des Marxistes - des Maoïstes - des Staliniens - des Trotskistes - des séparatistes - des nationalistes - des anticolonialistes, etc.

Les vagues terroristes des années soixante disparues, la France va devenir la cible d'attentats en lien avec le Proche et le Moyen-Orient. Le coup d'envoi, si l'on peut s'exprimer ainsi, remonte au 6 septembre 1972 avec l'assassinat des athlètes israéliens à Munich. Le 13 novembre, un journaliste syrien est abattu à son domicile, rue Copernic à Paris. Les enquêteurs de la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres vont découvrir que la victime était proche des services de renseignement de l'organisation « Septembre noir » et qu'elle était le correspondant d'un hebdomadaire arabe libanais. L'homme avait été retourné l'année précédente par le service secret jordanien !

Le Service de Documentation Extérieure et du Contre-Espionnage (l'ancêtre de la DGSE) avait adressé au président Georges Pompidou au mois d'août 1973, la note n°10959 l'avertissant d'une reprise des activités palestiniennes avec l'accueil par l'ambassade de Lybie d'une douzaine d'extrémistes appartenant au FPLP et à Septembre noir ! Le SDECE avait vu juste. Le 26 juillet 1978, la police aux frontières de l'aéroport d'Orly interpellait un Japonais en possession de 10 000 dollars en fausses coupures destinés au Front pour la libération de la Palestine (FPLP). Le 13 septembre, Carlos organisait la prise d'otage de l'ambassadeur de France à la Haye aux Pays-bas, exigeant en contre-partie la libération du Japonais membre de l'Armée rouge incarcéré à Paris. Le 15, un groupe de terroristes Franco-Palestiniens lançait deux grenades dans le Drugstore de Saint-Germain-des-Près, attaque faisant deux morts et trente-trois blessés. La suite n'allait être qu'une litanie : Le 29 mars 1982 : l’explosion d’une bombe dissimulée dans une valise faisait cinq morts et 27 blessés dans le Capitole Paris-Toulouse ; avril 1982, l’attentat de la rue Marbeuf un mort ; l'attentat de la rue des Rosiers et contre le restaurant Jo Goldenberg le 9 août 1982 6 morts et 22 blessés ; l'explosion d'une valise piégée le 15 juillet 1983 dans l'aéroport d'Orly 8 morts et 56 blessés (Asala) ; les attaques à la gare Marseille Saint-Charles et à bord du TGV Marseille-Paris au mois de décembre 1983, 5 morts et 45 blessés.

 Entre le mois de février 1985 et de septembre 1986, treize attentats vont ébranler la France. Ces attentats coûteront la vie à 13 personnes et feront près de 300 blessés. Cette série a été attribuée au Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient, proche du Hezbollah. Paris va subir à partir de l'été 1995, huit attaques à la bombe attribuées au Groupe Islamique Armé. Le 25 juillet, une bombe artisanale bourrée d’écrous explose dans la gare RER Saint-Michel à Paris faisant 8 morts et 117 blessés. Le 3 décembre 1996, un attentat similaire se produit à la station Port-Royal faisant 8 morts et 151 blessés.

Le 13 février 2006, Ilan Halimi était découvert entre la vie et la mort le long d'une voie SNCF près de Sainte-Geneviève-Des-Bois. Le jeune homme qui a été séquestré et torturé par le gang des barbares pendant 24 jours dans une cave d'une cité de Bagneux, décédera avant d'arriver au service des urgences. Le directeur de la maison d'arrêt de Versaille, Florent Goncalves, va s'enticher de la jeune fille qui avait servi d'« appât » pour attirer le jeune homme et nouer une relation amoureuse avec la détenue... Les 11 et 13 mars 2012, Mohammed Merah abat 3 militaires à Toulouse et Montauban ; le 19, il tue trois enfants et un professeur à l’école juive d’Ozar Hatorah de Toulouse. Le 9 septembre 2012 une grenade lancée contre une épicerie casher à Sarcelles (Val-d'Oise) fait un blessé léger. Un mois plus tard, les enquêteurs interpellent douze individus à Cannes et à Torcy avant leur passage à l'acte. Les policiers saisissent « Des sacs contenant du nitrate de potassium, du soufre, du salpêtre, des récipients type Cocotte-Minute, et des ampoules de phare, tous produits ou instruments utiles à la fabrication de ce que l'on appelle des engins explosifs improvisés. (...) Ces techniques étaient utilisées par le réseau Kelkal des attentats de 1995 comme celui commis à Paris à la station Maison-Blanche ou l'attentat manqué " au couscoussier " sur le marché de Wazemmes à Lille. Là aussi, le contenu explosif était maintenu dans un récipient de type Cocotte-Minute ou bonbonne de gaz, vidée de son contenu et remplie d'un mélange explosif et de clous  » similaire à ceux ayant été utilisés pour confectionner les bombes des attentats du métro en 1995 !

Le deuxième millénaire va coïncider avec l'acmé des attentats suicides. Le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi abattent 12 personnes au siège de Charlie Hebdo. Le 8 janvier, Amédy Coulibaly abat une policière municipale et blesse un agent municipal à Montrouge (Hauts-de-Seine), le lendemain il prend plusieurs personnes en otages dans une épicerie casher de la Porte de Vincennes et en tue 4 avant d’être abattu dans l’assaut du Raid. Le 3 février 2015, Moussa Coulibaly agresse à l’arme blanche 3 militaires qui participent au plan Vigipirate à Nice. Le 26 juin 2015, Yassin Salhi décapite son employeur et en expose la tête sur la clôture entre deux calicots islamiques. Le 21 août 2015, Ayoub El Khazzani porteur d’un fusil d’assaut AKM est désarmé in extremis par des passagers du TGV Amsterdam Paris. La suite ? les attentats du Stade de France, du Bataclan, des cafés restaurants dans le XI° arrondissement de Paris suivis de ceux survenus à Bruxelles.

Trente-six après l'attentat de la rue Copernic à Paris ayant fait quatre morts et une quarantaine de blessés le 3 octobre 1980, on apprenait que le dénommé Hassan Diab, un libano-canadien âgé de 62 ans et principal suspect extradé vers la France en 2012, venait d'être libéré et placé sous bracelet électronique grâce au témoignage tardif de son ex-épouse... Petite phrase du jour : « Même une montre arrêtée donne l'heure exacte toutes les douze heures. »





Ne peut-on pas faire une histoire écourté, c'est très long à lire pour les informations contenu.




Starheater
Starheater
Membres V.I.P
Membres V.I.P
 
Messages: 1344
Points: 6638
Inscription: Oct 2015
Localisation: Canada
Sexe: Masculin
Religion: Chrétien

Re: Daesh

MessagePosté par Yacoub » 03 Mai 2017, 11:45

Dans les pays de l'hémisphère nord, la vie politique repose sur des convictions communes et sur des programmes politiques transcendant les différences culturelles, sociales ou régionales. L'addition des suffrages individuels y fonde la légitimité politique. 

Dans les Afriques où les sociétés sont communautaires, hiérarchisées et solidaires, l'ordre social et politique ne repose pas sur les individus, mais sur les groupes. Voilà pourquoi le principe démocratique du « one man, one vote » y conduit à l’impasse et au chaos. 


La question de la redéfinition de l'Etat, donc de la place des ethnies dans la société, constitue le principal problème politique et institutionnel que l'Afrique doit résoudre. Mais, pour cela, il ne faut pas commencer par nier la réalité ethnique. Or, tout à son universalisme, l’africanisme français et plus largement francophone, a décidé de bannir le fait ethnique car jugé trop « identitaire ». Ses grands prêtres, à l’image de Jean-Pierre Chrétien, de Jean-Loup Amselle, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Elikia M'Bokolo et de leurs disciples, vont même jusqu’à soutenir, certes avec des nuances, que les ethnies ont une origine coloniale. Une telle arrogance doctrinale sous-entend donc que les peuples africains ont reçu des colonisateurs jusqu’à leur nom et leur identité. Jean-Pierre Chrétien est tout à fait clair à ce sujet quand il ose écrire que : « L’ethnicité se réfère moins à des traditions locales qu’à des fantasmes plaqués par l’ethnographie occidentale sur le monde dit coutumier ». Or, comme l’a remarqué avec justesse Axel Eric Augé, un sociologue français d’origine gabonaise : « En somme, les Africains étaient une masse indifférenciée et attendaient les Européens pour ressentir des phénomènes identitaires ! ».

Certes, l'ethnie n'explique pas tout…, mais rien ne peut être expliqué sans elle. L’histoire contemporaine de l’Afrique s’écrit ainsi autour des ethnies, comme l’actualité le montre quotidiennement, et de manière souvent dramatique. 

La question des frontières étant figée car il n’est pas raisonnable de penser vouloir donner un territoire à chacune des 1500 ethnies africaines, comment faire pour pondérer l’ethno-mathématique électorale dans les pays où les populations sont juxtaposées ou enchevêtrées ? 

Au Nigeria, les Britanniques avaient trouvé la solution consistant à définir des grandes zones administratives autour des trois grandes ethnies régionalement dominantes, à savoir les Haoussa-Peul-Kanouri au nord, les Yoruba et les Ibo au sud. Le « one man one vote » a ruiné cette politique de coagulation régionale et a au contraire provoqué l’émiettement administratif autour de 36 Etats, ce qui rend le pays ingérable. 

Au Mali, l’alternative à l’éclatement du pays se trouve dans un large fédéralisme ethno-régional avec la région de Kidal dirigée par les Touareg, celle de Tombouctou par les Arabes et alliés, celle de Bamako par les Bambara et alliés, celle de Mopti par les Peul, etc. Toute autre solution est vouée à l'échec car les élections au « one man one vote » donneront toujours le pouvoir aux plus nombreux. Ceci fait que le problème du Nord ne sera jamais réglé. En définitive, le vote serait individuel au seul niveau régional, entre populations apparentées qui éliraient un nombre égal de députés, nonobstant leur poids démographique. Au niveau national, le pouvoir serait l’émanation de cette représentation. Mais ne rêvons pas. Les plus nombreux n’accepteront jamais cette évolution constitutionnelle marquant la fin de leur domination ethno-mathématique. La solution des problèmes politiques africains n’est donc pas pour demain…
Bernard Lugan
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Daesh

MessagePosté par Starheater » 17 Mai 2017, 09:25

Yacoub a écrit:
Dans les pays de l'hémisphère nord, la vie politique repose sur des convictions communes et sur des programmes politiques transcendant les différences culturelles, sociales ou régionales. L'addition des suffrages individuels y fonde la légitimité politique. 

Dans les Afriques où les sociétés sont communautaires, hiérarchisées et solidaires, l'ordre social et politique ne repose pas sur les individus, mais sur les groupes. Voilà pourquoi le principe démocratique du « one man, one vote » y conduit à l’impasse et au chaos. 


La question de la redéfinition de l'Etat, donc de la place des ethnies dans la société, constitue le principal problème politique et institutionnel que l'Afrique doit résoudre. Mais, pour cela, il ne faut pas commencer par nier la réalité ethnique. Or, tout à son universalisme, l’africanisme français et plus largement francophone, a décidé de bannir le fait ethnique car jugé trop « identitaire ». Ses grands prêtres, à l’image de Jean-Pierre Chrétien, de Jean-Loup Amselle, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Elikia M'Bokolo et de leurs disciples, vont même jusqu’à soutenir, certes avec des nuances, que les ethnies ont une origine coloniale. Une telle arrogance doctrinale sous-entend donc que les peuples africains ont reçu des colonisateurs jusqu’à leur nom et leur identité. Jean-Pierre Chrétien est tout à fait clair à ce sujet quand il ose écrire que : « L’ethnicité se réfère moins à des traditions locales qu’à des fantasmes plaqués par l’ethnographie occidentale sur le monde dit coutumier ». Or, comme l’a remarqué avec justesse Axel Eric Augé, un sociologue français d’origine gabonaise : « En somme, les Africains étaient une masse indifférenciée et attendaient les Européens pour ressentir des phénomènes identitaires ! ».

Certes, l'ethnie n'explique pas tout…, mais rien ne peut être expliqué sans elle. L’histoire contemporaine de l’Afrique s’écrit ainsi autour des ethnies, comme l’actualité le montre quotidiennement, et de manière souvent dramatique. 

La question des frontières étant figée car il n’est pas raisonnable de penser vouloir donner un territoire à chacune des 1500 ethnies africaines, comment faire pour pondérer l’ethno-mathématique électorale dans les pays où les populations sont juxtaposées ou enchevêtrées ? 

Au Nigeria, les Britanniques avaient trouvé la solution consistant à définir des grandes zones administratives autour des trois grandes ethnies régionalement dominantes, à savoir les Haoussa-Peul-Kanouri au nord, les Yoruba et les Ibo au sud. Le « one man one vote » a ruiné cette politique de coagulation régionale et a au contraire provoqué l’émiettement administratif autour de 36 Etats, ce qui rend le pays ingérable. 

Au Mali, l’alternative à l’éclatement du pays se trouve dans un large fédéralisme ethno-régional avec la région de Kidal dirigée par les Touareg, celle de Tombouctou par les Arabes et alliés, celle de Bamako par les Bambara et alliés, celle de Mopti par les Peul, etc. Toute autre solution est vouée à l'échec car les élections au « one man one vote » donneront toujours le pouvoir aux plus nombreux. Ceci fait que le problème du Nord ne sera jamais réglé. En définitive, le vote serait individuel au seul niveau régional, entre populations apparentées qui éliraient un nombre égal de députés, nonobstant leur poids démographique. Au niveau national, le pouvoir serait l’émanation de cette représentation. Mais ne rêvons pas. Les plus nombreux n’accepteront jamais cette évolution constitutionnelle marquant la fin de leur domination ethno-mathématique. La solution des problèmes politiques africains n’est donc pas pour demain…
Bernard Lugan




Quelque soit les votes, se sont toujours des humains qui règnent.


Starheater
Starheater
Membres V.I.P
Membres V.I.P
 
Messages: 1344
Points: 6638
Inscription: Oct 2015
Localisation: Canada
Sexe: Masculin
Religion: Chrétien

Précédente

Retourner vers Dialogue Islamo-Chrétien

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron