Рейтинг@Mail.ru
Les Forums du Monde des Religions :: forum religion Les Forums du Monde des Religions :: forum religion http://arlitto.forumprod.com/
Règles du forum
Ce forum est spécialement dédié au dialogue entre Musulmans et Chrétiens dans le respect des convictions de chacun des intervenants.

Rachid Benzine

MessagePosté par Yacoub » 01 Juin 2016, 21:16

Rachid Benzine veut changer le regard sur les origines du Coran
Fragil est allé à la rencontre de Rachid Benzine, islamologue et penseur, polymorphe et inspiré, qui vient de sortir son dernier ouvrage « Le Coran expliqué aux jeunes ». Dans un contexte marqué par des événements tragiques suscitant des raccourcis tentants, retour sur une pensée complexe qui met à l’honneur la distance critique et la nécessité de s’interroger.
Publié le 6 février 2015
Elise Jaunet



Sur son site internet, une phrase est mise en exergue « Croire n’est pas savoir. C’est aussi aux théologiens eux-même et aux fidèles d’apprendre à croire en Dieu »... S’écarter des évidences partagées, relativiser la toute puissance de la foi, questionner les vérités, cheminer, contextualiser, s’interroger, oser la critique... Telle est la démarche que s’impose Rachid Benzine. Avec son dernier ouvrage Le Coran expliqué aux jeunes, il fait le pari audacieux de poser des questions, à une époque où les crispations idéologiques et identitaires privilégient les réponses.
Ma vocation fondamentale est l'enseignement

Image
La quarantaine souriante, un brin espiègle, Rachid Benzine est un homme simple et ouvert, aux influences multiples. Originaire de Kenitra au Maroc, il est arrivé en France à l’âge de 8 ans, rejoindre son père à Trappes, dans les Yvelines. Ne parlant pas un mot de français à son arrivée, il intègre le CP dans une classe pour les primo arrivants. Malgré ce léger déclassement, son amour de l’école reste intact et sa gratitude à l’égard de sa première maîtresse, Mme Cohen, totale. C’est elle qui lui a permis « d’entrer dans un monde au langage entièrement nouveau ». C’est elle et les enseignants suivants qui lui ont donné l’envie de prolonger leur mission et de la faire sienne.
Mon propre souci c'est comment vulgariser la connaissance

Bon élève, Rachid Benzine débute sa carrière à 22 ans en tant que professeur d’économie. Mais un DEA en sciences politiques sur « la réappropriation identitaire des jeunes musulmans » entérine rapidement un changement de direction, vers les chemins de l’herméneutique coranique. Il faut dire que depuis de nombreuses années, la question de l’interprétation et de l’étude des textes religieux, l’intéressent vivement.
A côtoyer dès l’adolescence des chrétiens investis comme lui dans le champs associatif, ses interrogations se sont multipliées et de nouvelles portes se sont ouvertes. Eugen Drewermann et son ouvrage De la naissance des dieux à la naissance de Jésus-Christ est la première d’entre elles. Suivront de nombreuses autres références aussi variées que complémentaires : Claude Geffré, Karl Barth, Françoise Smyth Florentin, Mohammed Arkoun, Nasr Hamid Abu Zayd, Fazlur Rahman, Abdelkrim Soroush, Olivier Abel, Jacqueline Chaabi ou encore Paul Ricoeur.
Intellectuel à la croisée des cultures et des influences, Rachid Benzine est une figure idéale de syncrétisme. Les trois dédicaces en introduction de son dernier ouvrage en sont un nouveau témoignage. S’y mêlent, un extrait de la sourate 2 du Coran, une citation de Paul Ricœur et des paroles du rappeur Kery James.
C'est le livre que j'aurais aimé lire à l'âge de 15 ans, c'est vraiment toutes les questions que je me posais, simplement je n'avais pas tous ces outils pour pouvoir les dire

Image
Née de la volonté de permettre à d’autres personnes d’oser poser des questions, Le Coran expliqué aux jeunes est loin d’être une simple vulgarisation d’une pensée complexe. Dense et exhaustif , il constitue un ouvrage précieux à destination de tous, croyants et non croyants, musulmans et non musulmans, jeunes et moins jeunes. Organisée sous forme de questions-réponses, cette conversation entre l’auteur et le lecteur est l’occasion d’une pédagogie active et stimulante, destinée à faire dialoguer le Coran et l’islam d’un côté, les sciences humaines de l’autre.
A la question, « Peut-on dire que l’objectif du livre est d’ouvrir les questions ? », la réponse fuse, évidente : « Ah oui ! L’objectif de ce livre c’est de faire en sorte que Dieu puisse toujours demeurer une question et que les musulmans cessent d’apporter des éléments de réponse définitifs. [...] Dieu est d’abord une expérience du divin, une expérience toujours ouverte et jamais terminée. Une invitation à se mettre en chemin et à renouveler sans cesse, son regard et son approche. »
Parce qu'il appartient à l'histoire des hommes, il convient de ne pas emmurer le Coran dans une compréhension figée

Rachid Benzine, tout au long de son ouvrage et plus largement de son travail de recherche, dessine des pistes de réflexion destinées à éviter tout risque d’idolâtrie du texte. Selon l’auteur, le Coran, quelque soit le caractère sacré qu’on lui confère, possède aussi une dimension humaine donc relative et contingente qu’il s’agit d’identifier et de comprendre.
Rachid Benzine le rappelle : le Coran s’inscrit dans la longue histoire de l’homme et de la pensée et en ce sens, il ne constitue donc pas seulement un événement religieux mais bien aussi historique. Connaître l’endroit, la langue, le contexte, l’époque, l’univers dans lequel il vit le jour est indispensable pour éclairer le texte et lui redonner toute sa vigueur, son sens et sa vivacité.
Ensuite, il est aussi le résultat d’un passage de l’oral à l’écrit : le Coran, est une Parole devenue texte après la mort du prophète Mahomet. « Le texte est toujours une trace qui nous donne comme horizon la parole, mais la parole, nous ne l’avons pas », note Rachid Benzine. Il est donc primordial de ne pas circonscrire le sens du Coran à une interprétation seulement littérale mais bien au contraire de rechercher à travers lui et sa récitation, la parole originelle. Limiter la parole de Dieu, par nature inépuisable et au delà de tout, à la seule lettre du Coran, c’est tomber dans la « textolâtrie ». Adorer Dieu ce n’est pas adorer le texte. Et désacraliser le texte ne signifie pas ôter tout caractère sacré à son message.
Parallèlement, il ne faut pas oublier non plus que cette révélation s’est articulée dans le langage humain d’une manière particulière, entre langage mythique et poésie. Le Coran utilise des images, des métaphores qui n’ont pas vocation à décrire une réalité mais bien au contraire à ouvrir à « un au delà du réel (…), à des valeurs, des vérités, un sens de la vie ». En conclusion, « l’Ecriture est une trace de la parole. Une trace indispensable. Mais comme toute trace elle est l’objet de quête, de recherche donc aussi d’incompréhension et de compréhension toujours incomplète », indique Rachid Benzine.
Croiser les approches religieuse, historique, critique et littéraire, c’est se donner les moyens de cette quête. C’est avancer dans « l’univers multiple » du Coran le cœur ouvert et l’œil aux aguets sans jamais prétendre tout savoir, sans jamais s’arrêter. C’est, selon Rachid Benzine, retrouver « Allâh » (nommé 1697 fois dans le Coran) et ne pas se limiter à « l’islam » (cité 7 fois). Car « quand on cite l’islam on pointe vers des constructions sociales contingentes qu’on prend pour des absolus » remarque l’islamologue, citant Mohammed Arkoun.
Image
Fidèle à son mentor à l’égard duquel il dit avoir une grande dette de sens, Rachid Benzine attache une attention toute particulière à la diffusion de son discours hors des murs de l’université .« Ça me vient d’Arkoun, la parole était son royaume ». En tant qu’universitaire et croyant, il souhaite aussi que son approche soit entendue dans les mosquées et par un certain nombre de prédicateurs religieux. Car profondément, ce qui l’intéresse « c’est comment ce savoir là va descendre dans l’espace public et féconder la foi et l’espace public »
Rachid Benzine, un islamologue au service de l’insurrection prophétique
Pour Rachid Benzine, le Coran est le résultat d’une « subversion prophétique ». Il vient remettre en question les habitudes, les hiérarchies, les vérités érigées d’une société pour l’ouvrir à un nouvel avenir. Il consacre l’avènement d’une nouvelle proposition qui est faite aux hommes, le début d’une nouvelle histoire. C’est un élan au service de la vie et de la création. « La subversion prophétique dit : vous n’avez d’autres souverain que Dieu. Mais les gens remplacent cette souveraineté de Dieu par la tradition, constate Rachid Benzine. Il faut donc subvertir la tradition car, être fidèle à Dieu, c’est perpétuer cette subversion originelle que propose Mahomet. »
Ses recherches et son discours sont dans cette droite lignée. Il se garde bien de proposer aux croyants de nouvelles vérités ou des versets dit plus « modernistes ». Loin de toute tentation apologétique, il souhaite simplement changer le regard qu’on porte sur les origines du Coran. Car « en changeant le regard qu’on a sur la fondation du Coran, on change la fondation de tout ce qui vient après et là c’est pas du bricolage, c’est de la dynamite ! » Une invitation à bousculer sa manière de voir et de penser le Coran, une invitation à revisiter son rapport au divin, « un appel à vivre, toujours à déchiffrer. »
Cette désacralisation subversive du texte, qui passe par un mélange d’ approches critiques est non seulement nécessaire mais indispensable. Le religieux a besoin d’être critiqué car il y a une distance entre Dieu et la représentation que nous avons de lui. Et parce qu’aujourd’hui plus qu’hier certains religieux menacent le vivre ensemble. Pour l’islamologue : « quand on voit la dimension humaine de ce texte là, ce prophète, la manière dont fonctionne la société arabe de l’époque, ça va vers plus d’humanité ! Cette désacralisation, elle est au service de l’homme ! ».
Image
Missionnaire de la réconciliation, Rachid Benzine l’est sans doute un peu, beaucoup. Car ainsi qu’il l’écrivait déjà avec Christian Delorme dans son premier ouvrage, il espère encore et toujours que se fera davantage entendre une « symphonie pour une humanité réconciliée ».
Elise Jaunet
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Arlitto » 02 Juin 2016, 00:11

Il ne peut pas changer ce qui est écrit dans le Coran !
 Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime son semblable a accompli [la] loi.
 
Romains 13:8  - 1 Timothée 4:10 ...parce que nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants. 11 Déclare ces choses, et enseigne-les.
Avatar de l’utilisateur
Arlitto
Administrateur du Forum
Administrateur du Forum
 
Messages: 13775
Points: 71414
Inscription: Avr 2015
Localisation: "Vers l'infini et au delà"
Sexe: Masculin
Religion: Non

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Yacoub » 02 Juin 2016, 16:17

Le Saint Coran est la Parole d'Allah. Seul un fou osera critiquer ce livre et il est permis de le sacrifier à Allah qui est Puissant et Sage
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Yacoub » 02 Juin 2016, 18:41

L'islam ne peut pas être réformé, c'est impossible. Pour réformer l'islam, il faut s'attaquer au Saint Coran. Tous ceux qui l'ont fait ont été soit exécutés soit forcés à l'exil. Même en Occident, les musulmans n'acceptent ni la laïcité, ni la démocratie,ni les droits de l'homme.
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Arlitto » 02 Juin 2016, 19:10

Rachid Benzine veut changer le regard sur les origines du Coran
Fragil est allé à la rencontre de Rachid Benzine, islamologue et penseur, polymorphe et inspiré, qui vient de sortir son dernier ouvrage « Le Coran expliqué aux jeunes ».


Que va-t-il leur expliquer :roll:  Qu'il faut tuer tous les kouffars, mais pas trop et avec modération ???  :lol:
 Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime son semblable a accompli [la] loi.
 
Romains 13:8  - 1 Timothée 4:10 ...parce que nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants. 11 Déclare ces choses, et enseigne-les.
Avatar de l’utilisateur
Arlitto
Administrateur du Forum
Administrateur du Forum
 
Messages: 13775
Points: 71414
Inscription: Avr 2015
Localisation: "Vers l'infini et au delà"
Sexe: Masculin
Religion: Non

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Yacoub » 02 Juin 2016, 20:11

PBSL propose d'abord la conversion à la RATP aux méchants mécréants puis s'ils n'acceptent pas on peut les égorger de façon halal

Allah veut la mort des non-mahométans contrairement au bon Jésus qui ne force personne à être crétin.

7.12
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes.


Jean
15.13
Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.


Romains
13.8
Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres; car celui qui aime les autres a accompli la loi.
13.9
En effet, les commandements: Tu ne commettras point d'adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne convoiteras point, et ceux qu'il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
13.10
L'amour ne fait point de mal au prochain: l'amour est donc l'accomplissement de la loi.


Jean
4.7
Bien-aimés, aimons nous les uns les autres; car l'amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Starheater » 23 Mar 2017, 12:53

Yacoub a écrit:Le Saint Coran est la Parole d'Allah. Seul un fou osera critiquer ce livre et il est permis de le sacrifier à Allah qui est Puissant et Sage




Le Coran est un FAUX livre Saint, Dieu dans la Bible ne se comporte pas aussi injustement, il ne conseille pas à Israël de fauchés des vies sans explications. Le Coran par sa Nature est aveugle, il tue tous ceux qui ne sont pas d'accord avec le Coran, belle affaire!!!!!
La Bible est loin d'agir ainsi, sinon, l'histoire l'aurait fait remonté la Vérité des écarts d'injustices de la Bible. Quand l'Ange de Dieu dit: Tuez hommes, femmes et enfant ainsi que les vieillards, c'est pour une raison très simple.
Si les femmes sont épargné ainsi que les enfants (cela est arrivé), les enfants une fois adulte auront le désir de Vengeance en eux, ils pourraient alors fomenté des troubles contre les Israélites, ou même les tuez en secret, ni vue, ni connus, alors la Sécurité interne d'Israël en aurait été menacé.

Ceci était donc nécessaire de faire le ménage de la Bonne façon, la cruauté n'est qu'illusoire, elle est commandité par la Logique du Peuple visé, si ce Peuple est malléable comme se fut le cas, seulement les hommes furent tués, les femmes, enfants et vieillard furent épargnés.

Or ceci n'est rien comparé à la Violence des Musulmans.



Starheater
Starheater
Membres V.I.P
Membres V.I.P
 
Messages: 1344
Points: 6638
Inscription: Oct 2015
Localisation: Canada
Sexe: Masculin
Religion: Chrétien

Re: Rachid Benzine

MessagePosté par Yacoub » 08 Juin 2018, 14:30


«L’islam caricatural d’aujourd’hui signe sa spectaculaire désacralisation»


Propos recueillis par Marie Chabbert - publié le 29/05/2018

Le sociologue Reda Benkirane en appelle aux sciences et à la raison pour dégager l’islam du fondamentalisme et le ramener aux réalités sociales et culturelles de notre époque.

Image
© DR

© DR

Dans Islam, à la reconquête du sens*, vous déplorez le repli dogmatique et politique de l’islam contemporain. Comment expliquez-vous le développement de cet islam radical que vous décrivez comme « pathologique » ?

Beaucoup d’Occidentaux pensent que l’islam a toujours été ostentatoire, politique et violent, et qu’ils n’en auraient pris conscience que récemment avec l’arrivée de migrants musulmans en Europe. Mais si l’on se tourne vers l’histoire, on remarque rapidement que l’islam politique tel qu’il se manifeste aujourd’hui dépend moins des manifestations historiques de la religion musulmane que d’une stratégie politique récente à laquelle ont largement contribué les gouvernements occidentaux.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, dès le XIXe siècle, les sociétés du Maghreb et du Moyen-Orient étaient en voie de sécularisation. La religion n’y était qu’un facteur culturel de cohésion sans rôle politique prééminent. Au moment de la décolonisation, les pays du monde arabo-musulman étaient plutôt attirés par les modèles idéologiques du socialisme et du communisme. En sa qualité d’ennemi numéro un de l’idéologie libérale des anciens colons, le marxisme en vogue à l’époque correspondait aux besoins des nouveaux États arabes et africains, ce dont étaient bien conscients les pays occidentaux dans un contexte de guerre froide. Ceux-ci ont donc encouragé le développement d’un autre modèle idéologique perçu comme réactionnaire dans les pays du Maghreb et au Moyen-Orient : un retour politique au religieux.

Pendant des décennies, des courants minoritaires, voire considérés comme hérétiques, ont donc été encouragés de manière artificielle jusqu’à devenir le cœur de l’orthodoxie. C’est le cas du wahhabisme en Arabie Saoudite. Avec la première crise du pétrole dans les années 1970, les pétromonarchies ont commencé à prendre de l’importance sur le plan idéologique et politique, et la stratégie des pays occidentaux leur a tout simplement échappé. L’islam politique et dogmatique qu’ils avaient encouragé s’est émancipé pour donner lieu entre autres au khomeynisme, à l’assassinat d’Anouar el-Sadate, à la guerre d’Afghanistan et pour finir à l’émergence du djihadisme.

Or, selon vous, le développement d’un tel islam politique signe moins un retour spectaculaire du religieux qu’une « sortie de l’islam »…

Vue de près, la phase actuelle de repli dogmatique de l’islam et ses conséquences violentes ressemblent à un retour du religieux. Cependant, il me semble que cette manifestation spectaculaire d’un « religieux ultra-religieux » n’est qu’un effet de surface qui résulte d’un mouvement global de sortie de l’islam. En fait, il faut bien distinguer les discours et les pratiques. L’islam contemporain se veut toujours plus absolu, normatif et crispé autour d’une confusion des dimensions spirituelles et temporelles. Pourtant, dans la pratique, les plus radicaux procèdent à une désacralisation sauvage de l’islam.

On le voit clairement dans le lien de courants fondamentalistes à l’économie capitaliste. Après la fin de la guerre froide, la chute du bloc communiste a laissé un vide idéologique : le rôle d’ennemi métaphysique de l’Occident était à pourvoir. À première vue, il semble que l’islam ait pris le relais. Pourtant, loin de proposer une alternative idéologique, celui-ci semble plutôt accompagner sinon faciliter le triomphe idéologique du capitalisme. Le salafisme a beau louer, sur le papier, le modèle de vie des pieux anciens, dans les faits, il s’accommode bien de la transformation de La Mecque en un nouveau Las Vegas et de l’émergence de temples de la consommation sur les ruines mêmes des sites les plus sacrés de l’islam. Ainsi, les vestiges de la demeure de Khadija, la première épouse du Prophète, ont été rasés pour y construire des toilettes publiques. Le lieu de naissance du Prophète a lui aussi été détruit.

Dans les pétromonarchies de la péninsule Arabique, cela prend des proportions sidérantes. L’islam caricatural d’aujourd’hui signe donc moins un retour du religieux qu’une désacralisation spectaculaire de l’islam au nom du capitalisme rentier et de l’injonction planétaire à consommer.

Face à cette « sortie de l’islam », vous cherchez à exhumer l’universalité de la religion musulmane, trop souvent obscurcie par des dispositions coutumières ou politiques. Contre la « sortie de l’islam », nous devrions donc cultiver un « islam de la sortie ». Qu’entendez-vous par là ?

En se repliant sur la politique, le dogme, le matérialisme et le consumérisme capitaliste, l’islam s’est fortement appauvri en terme de théologie. En prônant la supériorité des anciens et une lecture littérale du Coran, l’islam des oulémas (des théologiens, ndlr) s’est immobilisé, asséché. Il n’y a plus de commentaires exégétiques, de nouvelles interprétations. Le renouvellement théologique en islam et son élan spirituel ont été interrompus. On ne fait que répéter l’ancien dans un rapport mythifié au passé.

Mais la foi de l’immense majorité des musulmans est toujours vivante et ceux-ci souhaitent sortir l’islam de l’impasse dans laquelle il s’est échoué. Ils souhaitent voir émerger un islam de la sortie – de la sortie de l’impasse – qui restitue à la religion sa vivacité et exhume son universalité, aujourd’hui obscurcie par des considérations politiques, juridiques et normatives. D’autres religions ont déjà procédé à un tel aggiornamento (le catholicisme avec Vatican II par exemple).

En islam, le Coran est considéré comme la parole verbatim de Dieu et les vérités qui y sont révélées sont absolues. Comment peut-on reconstruire et moderniser la pensée religieuse de l’islam si l’on estime que les vérités du Coran sont indiscutables ?

La reconstruction et la modernisation de la pensée religieuse imposent tout d’abord de distinguer entre vérité et sens. L’effort porte sur les sens à produire d’une lecture contemporaine du Coran. C’est un défi que relève actuellement avec brio le penseur syrien Muhammad Shahrour, ingénieur civil de formation, qui a entrepris une relecture dynamique du Coran, sans jamais remettre en question la nature ou l’origine du texte lui-même. Pour lui, comme pour la plupart des musulmans, le Coran est la parole impeccable de Dieu. Reconstruire la pensée religieuse de l’islam peut ainsi se concevoir sans avoir à remettre en question la moindre voyelle, le moindre mot du Coran. Shahrour et d’autres penseurs critiques affirment que le Coran porte en lui des vérités universelles qui trouvent un écho à toutes les époques. Une interprétation moderne du texte coranique est donc, selon eux, tout à fait possible, à condition que celle-ci s’affranchisse d’us et coutumes du VIIe siècle tombés en désuétude – bien qu’évoqués dans le texte sacré – ainsi que des interprétations les plus rétrogrades développées en marge du Coran par les oulémas.

Au fil des siècles, ces penseurs ont greffé à la théologie musulmane un certain nombre de préceptes normatifs et juridiques, par exemple sur le statut des femmes ou sur la violence, qui sont aujourd’hui caduques. Remettre en question les positionnements des oulémas, qui servaient souvent les intérêts de l’autorité politique (calife, émir, sultan), ne veut donc pas dire rejeter tout l’édifice de l’islam ! D’autant que, sur le plan doctrinal, l’islam n’admet pas de cléricature religieuse… Shahrour propose d’ailleurs de se concentrer sur le Coran en ignorant purement et simplement des siècles d’exégèse afin d’exhumer la spiritualité profonde et l’universalité du Coran, et pour révéler ainsi son potentiel de modernité intrinsèque.

Comment l’islam peut-il se réconcilier avec la modernité ?

Pour pouvoir inventer la modernité en islam, il faut nécessairement rompre avec la rationalité religieuse dominante aujourd’hui, qui se légitime selon un cadre de pensée médiéval (ce que j’appelle la « structure mythique salafie »). Cette rationalité défective – parce qu’anachronique – touche sans exception tous les courants et les ordres religieux, toutes les écoles théologiques, de jurisprudence et de pensée. L’idée maîtresse de mon livre est qu’il faut désormais lui substituer une rationalité religieuse dotée d’une structure mythique (que j’appelle « l’iqbal ») résolument tournée vers l’avenir et devant nécessairement instaurer de nouveaux rapports au pouvoir et au savoir. Mon livre explore ainsi les possibilités d’un islam sécularisé, c’est-à-dire affranchi de toute inféodation au pouvoir politique et à l’autorité religieuse.

Le type de rationalité – élargie – convoqué aujourd’hui par les sciences du vivant, de la matière et du calcul est susceptible d’aider à faire émerger une rationalité éclairée promue par une approche philosophique de la pensée musulmane. En islam, ce sont les idées des philosophes plutôt que celles des théologiens qui ont accédé à l’universalité en circulant jusqu’à nous à travers l’espace et le temps. C’est au nom de cette universalité que dans mon livre Maïmonide, Spinoza, Leibniz, Bachelard, Deleuze dialoguent avec Ibn Arabi, Avempace, Averroès, Ibn Khaldoun, Mohamed Iqbal. En d’autres termes, ce n’est qu’en empruntant les voies de la connaissance que la religion musulmane pourra à nouveau sécréter en son sein une rationalité libre et critique à même de répondre aux défis sociaux, scientifiques et technologiques du XXIe siècle.

Il existe donc, selon vous, un terrain d’entente entre islam et science…

Il faut se rendre compte que l’islam et la science ont concouru, il y a plus d’un millénaire, à une phase historique créative en rupture avec l’esprit classique de l’Antiquité tardive. L’essor civilisationnel de l’islam est dû en partie à une grande ouverture sur les savoirs et sur les autres cultures de l’époque. Il faut rappeler que la transmission de l’héritage grec à l’Occident a été rendu possible par les humanités arabes et que la langue arabe a été la lingua franca des sciences durant plusieurs siècles.

L’influence de l’esprit grec a joué un rôle prépondérant mais ambivalent. D’une part, la pensée grecque, privilégiant toujours la sphère des Idées au monde phénoménal, a marqué profondément la philosophie et aussi la mystique de l’islam. Mais d’un autre côté, cette connaissance théorique héritée de Platon et Socrate les a détournés de l’aspect empirique de la raison coranique qui, pour prouver l’existence de Dieu, met toujours l’accent sur l’incommensurabilité, l’ordonnancement et la créativité du cosmos ainsi que la spontanéité et la beauté de la nature. On ne peut comprendre l’essor des sciences expérimentales en milieu islamique (notamment à la « Maison de la Sagesse » de Bagdad) sans comprendre qu’il a répondu à des problèmes pratiques de la vie sociale et économique et qu’il s’est ressourcé dans la connaissance perceptuelle privilégiés par l’esprit coranique.

La réception du savoir grec s’est faite en islam dès le VIIIe siècle par les penseurs mutazilites et les partisans de la falsafa (transcription de philosophie en arabe). Celle-ci a eu une grande influence tant sur le rationalisme de philosophes musulmans comme Averroès que sur l’esthétique et l’éthique des penseurs mystiques comme al-Ghazali. Au cours de l’histoire, ces deux courants ont cependant atteint leurs limites : le rationalisme, comme toute idéologie abstraite, céda facilement au dogmatisme – les mutazilites ont par exemple mené une véritable inquisition au VIIIe siècle –, et l’envolée mystique aboutit parfois à une déconnexion du réel.

Le philosophe Mohamed Iqbal (1873-1938) a bien vu que l’esprit grec avait « obscurci » la vision des premiers savants musulmans. Iqbal rappelle que « le Coran met l’accent sur l’acte plutôt que sur l’idée » et en cela il est foncièrement « anticlassique ». En contexte islamique, les sciences expérimentales (algèbre, arithmétique, chimie, optique, astronomie, etc.) rompent avec la distinction propre à la Cité gréco-latine entre arts libéraux et arts mécaniques. Cette rupture de l’islam avec la pensée grecque marque d’une certaine manière la transition du classique au moderne, de la pensée géométrique (formes pures et autres idéalités) à la pensée algorithmique (calcul et raisonnement sur celui-ci).

Or, au cours des trois derniers siècles, le développement des sciences a suivi un processus comparable de transition du classique au moderne, d’une vision linéaire, réductionniste et absolue (mise en équation par Newton et Descartes) à une approche non déterministe et non linéaire des singularités de la nature. Des systèmes mathématiques, géométriques et physiques jusque-là considérés comme incontestables ont été soudain invalidés – c’est le cas de la géométrie euclidienne et de l’arithmétique – pointant ainsi du doigt les limites de la science classique. On est alors passé d’une science classique à une science du complexe, de la turbulence, de la non-linéarité. Des concepts comme l’écart à l’équilibre, l’incertitude, le hasard, le chaos et l’auto-organisation sont énormément sollicités dans ces avancées scientifiques. Or, ces nouveaux motifs sont des figures auxquelles une pensée islamique libre et critique peut se reconnecter. Elles sont d’ailleurs en filigrane dans une certaine tradition islamique, dans les arts géométrique et calligraphique ainsi que dans l’architecture.

À l’heure où l’islam semble se calcifier sur le plan théologico-politique, enferré dans le monde des Idées et ses fermentations théoriques, il faudrait valoriser le sens de la raison sensible et pratique, soucieuse de coller aux réalités sociales et culturelles de notre temps. Les sciences nous permettent à la fois de ré-humaniser et réenchanter la raison islamique, de la libérer de sa condition de « servante » du politique et enfin de dé-théologiser son arrogance normative et sa fixité dogmatique. Nous sommes dans un âge d’explosion des savoirs et de grandes ouvertures de la connaissance, il est temps que l’islam y fasse sa place.

(*) Islam, à la reconquête du sens, Reda Benkirane (Le Pommier, 2017)
Avatar de l’utilisateur
Yacoub
Modérateurs Locaux
Modérateurs Locaux
 
Messages: 6058
Points: 14800
Inscription: Mai 2015
Localisation: Paris
Sexe: Masculin
Religion: agnostique


Retourner vers Dialogue Islamo-Chrétien

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron